• LES BIL­DORE­LIEFOS
  • Ce qu’en pense Henry Périer

Bil­doRe­liefos, albums de ses rêves

par Henry Périer, cri­tique d’art français, doc­teur en His­toire de l’Art

On peut penser, bien sûr, que les Bil­doRe­liefos sont les albums de ses rêves. Des rêves qui sont étroite­ment liés à sa con­science éper­due de la nature mod­erne dans l’immanence du temps. Les nou­velles tech­nolo­gies offrent à l’artiste, qui sait les appréhen­der, une puis­sance jusqu’alors jamais iné­galée dans l’histoire sur la matière. Une chance et une oppor­tu­nité qu’Alain Godon n’a pas laissé passer, en appor­tant à sa sen­si­bil­ité une dimen­sion nou­velle.
Emmanuel de Chaunac, sénior vice prési­dent de Christie’s encour­age l’artiste. Sou­vent présent à ses vernissages, il est devenu un ami et un con­seiller pré­cieux dans cette jun­gle de l’art. Une per­son­nal­ité qui compte aujourd’hui pour lui et qui fait par­tie de son paysage men­tal. Alain Godon, artiste du XXIème siè­cle ne pou­vait pas rater un des prin­ci­paux jalons de la créa­tiv­ité con­tem­po­raine qui utilise les immenses pos­si­bil­ités de la révo­lu­tion infor­ma­tique.
Il se situe aussi dans la lignée du Mec art, dont les artistes avaient sys­té­ma­tisés le report pho­tographique, un procédé qu’Andy Warhol trans­fère sur le plan artis­tique en créant l’image ready-​made. L’hyperréalisme, lui, utilis­era les effets pho­tomé­caniques d’analyse et d’agrandissement des détails. Avec ses Bil­dos Alain Godon se situe, là aussi, dans le droit fil des grands aînés.
BildoRe­liefo, c’est la trans­for­ma­tion d’une pein­ture unique en une œuvre dig­i­tale unique, grâce à la mul­ti­plic­ité des inter­ven­tions que lui a fait subir l’artiste. Présen­tés pour la pre­mière fois par Hubert Kon­rad aux Tui­leries à Paris lors du Pavil­lon des Arts et du Design, les Bil­dos con­nais­sent un suc­cès foudroy­ant auprès du pub­lic et des col­lec­tion­neurs. Ils témoignent du spec­tac­u­laire impact visuel que pro­duit cette phase expéri­men­tale nou­velle qu’Alain Godon vient d’initier sur la voie royale de sa démarche esthé­tique.
Fils de la bande dess­inée, certes, mais aussi du Pop, moins dans la forme qu’il adopte que dans le sens où l’artiste ne porte jamais, dans ses pein­tures, de juge­ment sur le monde qui l’entoure, une des con­stantes du mou­ve­ment améri­cain. Une dif­férence notable avec les artistes français de la Fig­u­ra­tion nar­ra­tive qui intro­duisent des images satiriques ou poli­tiques, très facile­ment lis­i­bles. Aussi bien dans ses pein­tures que dans les Bil­dos, Alain Godon reste fidèle à un univers très per­son­nel, à ses tons acidulés et fait preuve d’une grande maîtrise dans la couleur.
Mais atten­tion, l’artiste n’est pas là pour nous con­ter fleurette, comme cer­tains pour­raient penser en voy­ant la bonne humeur, la joie même, la séduc­tion naturelle qui se déga­gent de ses toiles. Il faut y pren­dre garde, Godon n’essaye pas de dorer la pilule. Certes l’homme est drôle et railleur, et on peut le dire, l’emphase que l’on trouve sou­vent chez cer­tains artistes, n’est pas son fort.
Henry Périer